Cherche-Art

31 octobre 2006


J'ai commencé une note pour Maurice Coupa où je présente le raisonnement que j'ai suivi et la conclusion à laquelle je suis arrivé concernant l'auteur du tableau.

Pour étayer ma démonstration, je procède également à un examen comparatif avec une œuvre avérée du Greco, une représentation de saint François. On y note très bien la déformation verticale des personnages, une caractéristique du peintre. A première vue, dans le tableau que j'étudie, cette déformation est absente. Or il n'en est rien, une amorce est présente : la croix subit un étirement exagéré, à tel point qu'elle en perd sa forme traditionnelle. D'autre part, le dessin et la couleur sont clairement moins travaillés.

Ce tableau pourrait donc n'être qu'un brouillon, un essai effectué par Le Gréco alors qu'il tâtonnait à la recherche du style qui fait aujourd'hui sa notoriété.

30 octobre 2006

Passage au Louvre, ce matin en arrivant de Bruxelles (ça sert d'avoir des contacts bien placés !). Je commence la semaine très fort. Mon hypothèse de vendredi dernier se confirme, je crois bien avoir une véritable bombe entre les mains : je pense qu'il s'agit d'une toile non répertoriée du Greco. Bon, je me calme un peu et j'explique.

Le hiératisme : El Greco (Dhominikos Theotokopoulos de son vrai nom crétois) a commencé sa carrière en réalisant des icônes byzantines.
La maniérisme : Il a ensuite rejoint l'Italie où il subit l'influence du maniérisme.
Le mysticisme et l'impressionnisme avant l'heure : Le Greco a fini ses jours en Espagne où il a développé un style original en marge de son époque.

J'ai bien examiné toutes les possibilités. Au XVIe siècle, il n'y a que El Greco qui conjugue toutes ses facettes. De plus, retrouver un de ses tableaux jusqu'alors non authentifié n'est pas si surprenant. Les particularités hors normes de son style ont parfois provoqué l'incompréhension de ses mécènes. Ainsi Philippe II d'Espagne n'exposa jamais Le martyre de Saint-Maurice qu'il avait commandé au peintre. Ses œuvres ont donc parfois dormi dans des remises où on ne les retrouva que bien plus tard. Il faudra que je demande à Maurice Coupa qu'elle est la provenance du tableau.

Tiens, en parlant de lui, voici son mail de réponse à l'envoi de ma fiche descriptive :

Bonjour Pascal,

Je suis désolé d'avoir peu de temps à te consacrer. Pour autant, je vois que tu avances bien. Très bonne fiche descriptive, précise et complète. Ce que tu notes au dos du tableau, le labyrinthe et les lettres indistinctes, a effectivement déjà été relevé. C'est assez surprenant. Il s'agit :
1. Soit d'inscriptions antérieures au tableau : l'œuvre a-t-elle été peinte volontairement sur le support de ses inscriptions ?
2. Soit d'inscriptions concomitantes à la réalisation au tableau : Nous apprennent-elles quelque chose sur l'œuvre ?
3. Soit d'inscriptions postérieures au tableau : Ont-elles un lien avec l'œuvre ?
Aujourd'hui, vous n'en êtes pas encore là, mais ces questions seront tôt ou tard déterminantes dans votre recherche. Tenez-moi informé en temps réel de vos avancées.
Cordialement.

A demain pour la suite de l'affaire artistique de l'année !

27 octobre 2006

Longue longue journée mais... je crois que j'ai peut-être identifié l'auteur !

Bon, histoire de ne pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué, j'attends une confirmation pour lundi ou mardi prochain. Je suis peut-être sur quelque chose d'énorme ! En attendant, ce week-end, repos en famille : direction ma Belgique natale pour raconter mes aventures picturales à mes parents.

Bon week end à vous et à la semaine prochaine.

26 octobre 2006

Deuxième pause blog de la journée... et dernière car il est déjà tard.

L'étude fine du style tableau donne des pistes surprenantes. Deux thèmes dominent. L'aspect religieux, majestueux et figé, me fait penser au hiératisme byzantin du début de l'ère chrétienne. Mais parallèlement, on sent une spontanéité qui évoque presque l'impressionnisme. Manifestement, nous avons affaire à un peintre qui s'est affranchi des standards de la Renaissance mais qui n'a pas encore versé dans le baroque. Je vais creuser du côté des maniéristes, même si le fort mysticisme du tableau et sa tendance sous-jacente à l'irréalisme me paraissent en contradiction ce mouvement.

Demain : journée musées et catalogues !

Et voilà, ma fiche descriptive est terminée et je viens de l'envoyer à Maurice Coupa.

Je fête mon premier travail rendu de chercheur en votre compagnie, via mon blog. Je ne prends que peu de temps pour écrire car il faut désormais que j'enchaîne avec l'étude du style, et qui sait, avec un peu de chance une authentification de l'artiste ?

A plus tard.

25 octobre 2006


L’élaboration de la fiche descriptive implique un examen minutieux de l’objet étudié. Depuis hier, je détaille donc le tableau sous toutes ses coutures.

Il y a des choses vraiment curieuses au dos :
1. une sorte de labyrinthe dans la partie droite de la moitié haute ;
2. une série de lettres indistinctes plus bas, en dessous du montant séparant la partie haute et la partie basse.

Il y a aussi un nœud du bois (ah oui, cela ne se voit peut-être pas sur la photo, le tableau est peint à l’huile sur une plaque de bois) qui forme une drôle de petite tête avec deux yeux et une bouche. Ce n’est visiblement qu’un défaut naturel du bois mais c’est assez amusant pour que je le note ici (et pas dans ma fiche descriptive bien sûr).

Je vous ai fait une photo du dos du tableau. Ce n’est pas très concluant. Tant pis, je la laisse, je n’arrive pas à faire mieux.

24 octobre 2006



Bonjour,

Me voici pour ma pause « journal intime public ». Je travaille sur la fiche descriptive du tableau. C’est la procédure normale d’analyse d’une œuvre. C’est assez long. Je pense que je terminerai demain ou après demain.
Je me suis dit que vous auriez sans doute envie de voir de vos propres yeux le tableau. Je l’ai donc pris en photo avec mon téléphone. Je mets la photo dans le blog, comme ça vous pouvez vous faire une idée plus précise de ce sur quoi je travaille.

23 octobre 2006

Et voilà. Je viens de terminer ma première journée de chercheur ! Chercheur à domicile pour l’instant mais ce n’est pas grave, Maurice Coupa m’indique que ça ne sera pas long.

Bon, je mets un peu d’ordre dans mon enthousiasme. Maurice Coupa est donc passé à mon appartement ce matin et m’a confié un téléphone et un ordinateur portable (normal puisque je suis un « télétravailleur » désormais) ainsi que mon premier travail, un tableau religieux. Il n’a pas été très clair sur ce qui est attendu de moi quant à cette œuvre, il me demande de l’étudier de manière globale. A première vue, la peinture me semble mineure. Je pense qu’il s’agit d’une sorte de test pour déterminer ma valeur : à moi de faire mes preuves !

Maurice Coupa m’a remis un dossier un peu fouillé sur le tableau. J’ai commencé par les résultats des analyses (très complètes et très précises : je suis impressionné), ça permet de savoir comment situer l’objet. Le style semble du XVIe siècle, ce que confirment les conclusions des analyses. Par prudence, j’ai quand même préféré vérifier point par point tous les résultats intermédiaires. Mes vérifications valident les conclusions des analyses. Le tableau est bien du XVIe siècle.

A demain

18 octobre 2006

Me revoici plus tôt que prévu : je viens d’avoir la peur de ma vie ! Maurice Coupa, le directeur du département d’analyse picturale, m’a téléphoné pour me prévenir que les travaux d’aménagement de ses locaux ont pris du retard et que son unité n’ouvrira donc pas la semaine prochaine. Je crois qu’il a dû sentir mon abattement car il m’a proposé de commencer néanmoins lundi s’il m’est possible de travailler pendant quelques temps à mon domicile. Mon studio n’est ni très grand ni très fonctionnel, mais j’ai accepté. Mieux vaut cela plutôt que de retourner guider des visiteurs au Louvre !
Bon, ça risque donc d’être un peu galère, mais je commence quand même mon boulot lundi prochain.

06 octobre 2006

Bonjour chers lecteurs,

Je m’appelle Pascal Imbert. J’ai décidé de créer ce blog pour y tenir mon journal intime « public ». Aujourd’hui est effectivement un grand jour pour moi : le Centre de Recherche Nationale Scientifique vient de me recruter dans son nouveau département d’analyse picturale. Après un an de galère, je vois enfin le bout du tunnel ! J’ai eu confirmation de mon embauche hier, et cette nuit, j’ai décidé de faire une chronique des recherches qui me seront confiées, quelque chose de simple, accessible à tous. Qui sait, si un jour je fais une découverte qui compte et que je deviens célèbre, ces phrases seront peut-être les premières lignes d’un best-seller.

Quelques mots sur moi pour commencer, histoire que nous fassions connaissance. Comme je l’ai écrit plus haut, je m’appelle Pascal Imbert. J’ai 28 ans, je suis originaire de Belgique et je vis depuis presque un an à Paris. Je suis venu en France dans l’espoir d’y trouver du travail. Je possède en effet un master en histoire de l’art et archéologie, un DEA en esthétique et philosophie de l’art ainsi qu’un doctorat de l’université de Liège en philosophie et lettres (ma thèse porte sur le signifiant et le signifié des images sacrées). Jusqu’alors, mon activité se réduisait à guide au Louvre et divers jobs sans rapport avec mon métier. C’est dire combien mon recrutement est le bienvenu.

Je vous donne rendez-vous lundi 23 octobre, jour où je commence mon travail.